Dos / Sciatique

Sciatique du sportif : faut-il vraiment arrêter ?

Par l'équipe ReBuild · Lecture : 7 min

Une douleur qui part du bas du dos, descend dans la fesse, puis derrière la cuisse, parfois jusqu'au pied. Tu la sens en te penchant pour lacer tes chaussures, en sortant de la voiture, au démarrage d'un footing. On te parle de sciatique, de hernie discale, parfois d'opération. Et la première question qui te vient, c'est : est-ce que je dois tout arrêter ? Voici ce que la recherche répond, et ce qu'elle ne dit pas.

Sciatique : c'est quoi, exactement ?

La sciatique est une douleur qui descend dans la jambe, souvent sous le genou, parce qu'une racine nerveuse est irritée au niveau des lombaires. Dans environ 90 % des cas, c'est une hernie discale qui est en cause (Koes et al., 2007). Ce n'est donc pas un « mal de dos qui descend » : c'est un nerf sensibilisé, ce qui change la façon de reprendre.

Concrètement, une sciatique se reconnaît souvent à :

Sciatique ou syndrome du piriforme ?

Une douleur de fesse qui irradie dans la cuisse est très souvent étiquetée « syndrome du piriforme ». Pourtant, la cause la plus fréquente d'une douleur sciatique reste lombaire, et le piriforme est rarement le vrai coupable. Si on t'a posé ce diagnostic et que rien ne bouge, lis pourquoi le diagnostic de syndrome du piriforme est dépassé : les pistes qu'il détaille (dos, hanche, mobilité du nerf) sont les mêmes que celles à explorer pour une sciatique.

Faut-il arrêter le sport avec une sciatique ?

Non, pas en bloc. Le repos au lit a été testé directement : dans un essai publié dans le New England Journal of Medicine, deux semaines de repos strict n'ont pas fait mieux que de rester actif (Vroomen et al., 1999). Les recommandations britanniques du NICE vont dans le même sens : rester actif et reprendre ses activités habituelles dès que possible.

Rester actif ne veut pas dire continuer comme avant. Le principe, c'est adapter plutôt qu'arrêter :

À retenir : l'immobilité ne protège pas le nerf. Un nerf a besoin de bouger dans son environnement pour se désensibiliser. Ce qui compte, c'est la dose.

La hernie discale peut-elle disparaître toute seule ?

Oui, et c'est même fréquent. Une revue systématique a calculé qu'environ deux tiers des hernies discales régressent spontanément, et que cette proportion dépasse 90 % pour les hernies dites séquestrées, quand un fragment du disque s'est détaché (Chiu et al., 2015). Paradoxalement, les hernies les plus impressionnantes à l'IRM sont souvent celles qui se résorbent le mieux.

Autre point à connaître : l'IRM trouve des anomalies chez énormément de gens qui n'ont aucune douleur. Près d'un tiers des personnes de 20 ans sans le moindre symptôme présentent une protrusion discale, et cette proportion augmente avec l'âge (Brinjikji et al., 2015). Une image ne dit pas à elle seule d'où vient ta douleur, ni comment elle va évoluer. Sur ce sujet, voir le piège de l'imagerie.

Faut-il se faire opérer ?

Cette décision appartient à ton chirurgien, et certaines situations relèvent clairement de la chirurgie (voir l'encadré plus bas). Pour une sciatique sans signe de gravité, un essai de référence a comparé une opération précoce à une prise en charge conservatrice prolongée : l'opération soulageait plus vite, mais au bout d'un an les résultats étaient comparables dans les deux groupes (Peul et al., 2007). Autrement dit, l'opération n'est pas automatique, et elle ne dispense pas de reconstruire ensuite.

Et les médicaments contre la douleur nerveuse ?

Les médicaments ciblant la douleur neuropathique sont souvent prescrits dans la sciatique. Pourtant, un essai contrôlé n'a pas montré de bénéfice de la prégabaline par rapport à un placebo, ni à 8 semaines ni à un an (Mathieson et al., 2017), et le NICE déconseille ce type de médicament dans la sciatique. Ne modifie jamais un traitement de toi-même : parles-en avec ton médecin, qui connaît ta situation.

Comment reprendre le sport après une sciatique ?

La reprise se construit par étapes, et chaque étape est validée par la réponse de ta jambe, pas par le calendrier :

  1. Calmer le nerf : marche régulière, positions de soulagement, mouvements doux de glissement du nerf (on le fait coulisser, on ne le tire pas comme un muscle).
  2. Redonner de la capacité : renforcement progressif des hanches, des fessiers et du tronc, dans des amplitudes qui ne réveillent pas la jambe.
  3. Réintroduire la charge : charnière de hanche, squat, portages, avec une progression mesurée des charges et des volumes.
  4. Revenir aux gestes du sport : course, sauts, changements de direction, levées lourdes, en dernier, quand les étapes précédentes sont solides.

Le piège classique : reprendre dès que la douleur a disparu. La douleur part avant que la capacité ne revienne, et c'est souvent là que la sciatique récidive. Pour la partie lombaire, le protocole de 14 jours pour le dos détaille une progression complète.

Quand consulter rapidement : engourdissement entre les cuisses ou autour de l'anus, difficulté à uriner ou perte de contrôle de la vessie ou des selles (urgence, appelle le 15) ; perte de force qui s'aggrave, pied qui « tombe » ou qui accroche le sol ; douleur dans les deux jambes ; douleur après une chute ou un choc ; fièvre, perte de poids inexpliquée ou antécédent de cancer ; douleur intense qui ne cède pas la nuit. Une sciatique doit d'abord être explorée par un médecin. Cet article est éducatif et ne remplace pas un avis médical.

Une sciatique qui t'empêche de reprendre ?

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Sources : Koes, van Tulder et Peul 2007, BMJ (diagnostic et prise en charge de la sciatique) · Vroomen et al. 1999, New England Journal of Medicine (repos au lit dans la sciatique) · Chiu et al. 2015, Clinical Rehabilitation (régression spontanée des hernies discales, revue systématique) · Brinjikji et al. 2015, American Journal of Neuroradiology (anomalies discales à l'IRM chez les personnes sans douleur) · Peul et al. 2007, New England Journal of Medicine (chirurgie précoce ou prise en charge conservatrice prolongée) · Mathieson et al. 2017, New England Journal of Medicine (prégabaline dans la sciatique) · NICE NG59, recommandations sur la lombalgie et la sciatique.

Contenu éducatif : cet article ne remplace pas un avis médical. En cas de douleur aiguë ou persistante, consulte un professionnel de santé.

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