Traitements

Infiltrations de cortisone : elles soulagent, elles ne soignent presque jamais

Par l'équipe ReBuild · Lecture : 7 min

Elles soulagent. Ce n'est pas pareil que soigner. L'infiltration de cortisone est un des gestes les plus banalisés face aux douleurs de tendon ou d'articulation. Elle fait effet vite, elle est simple à administrer, et c'est exactement pour ça qu'on te la propose. Mais la littérature scientifique documente depuis 15 ans une réalité beaucoup moins connue : sur le long terme, elle peut aggraver le problème.

Le paradoxe : efficace à 4 semaines, contre-productive à 6 mois

La méta-analyse de référence (Coombes, 2010), publiée dans The Lancet, la plus importante revue médicale au monde, a analysé les essais sur les tendinopathies (coude, épaule, tendon d'Achille) :

Autrement dit : à long terme, les personnes infiltrées vont moins bien que celles qui n'ont rien reçu. Un soulagement court, payé cher ensuite.

Ce que ça fait à ton cartilage

Étude publiée dans le JAMA (McAlindon, 2017) : 140 patients avec arthrose du genou, injections de cortisone tous les 3 mois pendant 2 ans, comparées à des injections d'eau salée (placebo). Résultat :

La cortisone n'a rien soulagé de plus qu'une injection d'eau salée. Mais elle a abîmé du cartilage.

Les effets indésirables documentés

Un traitement banalisé, présenté comme de la routine. Mais loin d'être anodin.

Ce qui donne les meilleurs résultats à long terme

Sur les tendinopathies et les arthroses documentées : la charge progressive (renforcement adapté à ta pathologie), le travail du mouvement, l'adaptation de l'activité (ni repos strict, ni surutilisation) et l'éducation à la douleur. Ces approches prennent plus de temps et demandent de l'engagement. Mais elles ne détruisent rien, et leurs effets durent. La cortisone masque. Le mouvement répare.

Les cas où l'infiltration garde du sens : une douleur aiguë ingérable qui bloque tout travail actif, une situation ponctuelle avant un événement précis, ou certaines pathologies inflammatoires spécifiques (polyarthrite rhumatoïde, capsulite rétractile). Dans ces cas, elle peut être un outil utile : une fois, pas comme traitement de fond. Les bonnes questions à poser : « Ma pathologie est-elle vraiment inflammatoire ? », « A-t-on essayé un vrai programme actif avant ? », « Combien d'infiltrations et quels risques à long terme ? ».
Important : cet article est éducatif et ne remplace pas un avis médical. Ne refuse ni n'interromps jamais un traitement prescrit sans en discuter avec ton médecin : chaque situation est particulière, et certaines pathologies inflammatoires justifient réellement l'infiltration.

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Sources : Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B, The Lancet, 2010 · McAlindon TE et al., JAMA, 2017 · Zeng C et al., Osteoarthritis and Cartilage, 2019 · Revue des effets locaux et systémiques, AJR, 2023.