Elles soulagent. Ce n'est pas pareil que soigner. L'infiltration de cortisone est un des gestes les plus banalisés face aux douleurs de tendon ou d'articulation. Elle fait effet vite, elle est simple à administrer, et c'est exactement pour ça qu'on te la propose. Mais la littérature scientifique documente depuis 15 ans une réalité beaucoup moins connue : sur le long terme, elle peut aggraver le problème.
Le paradoxe : efficace à 4 semaines, contre-productive à 6 mois
La méta-analyse de référence (Coombes, 2010), publiée dans The Lancet, la plus importante revue médicale au monde, a analysé les essais sur les tendinopathies (coude, épaule, tendon d'Achille) :
- À 4 semaines : la cortisone est efficace, avec un effet fort sur la douleur.
- À 26 semaines : elle devient moins efficace que ne rien faire du tout.
- À 52 semaines : l'effet reste négatif.
Autrement dit : à long terme, les personnes infiltrées vont moins bien que celles qui n'ont rien reçu. Un soulagement court, payé cher ensuite.
Ce que ça fait à ton cartilage
Étude publiée dans le JAMA (McAlindon, 2017) : 140 patients avec arthrose du genou, injections de cortisone tous les 3 mois pendant 2 ans, comparées à des injections d'eau salée (placebo). Résultat :
- Perte de cartilage deux fois plus rapide dans le groupe cortisone.
- Aucune différence sur la douleur entre les deux groupes.
La cortisone n'a rien soulagé de plus qu'une injection d'eau salée. Mais elle a abîmé du cartilage.
Les effets indésirables documentés
- Cartilage : accélération de l'usure (genou, hanche).
- Tendon : fragilisation et risque accru de rupture, surtout au tendon d'Achille et au quadriceps.
- Hanche : risque nettement augmenté de destruction articulaire rapide.
- Peau : atrophie et dépigmentation au point d'injection.
- Cicatrisation : retardée en cas d'opération ultérieure.
Un traitement banalisé, présenté comme de la routine. Mais loin d'être anodin.
Ce qui donne les meilleurs résultats à long terme
Sur les tendinopathies et les arthroses documentées : la charge progressive (renforcement adapté à ta pathologie), le travail du mouvement, l'adaptation de l'activité (ni repos strict, ni surutilisation) et l'éducation à la douleur. Ces approches prennent plus de temps et demandent de l'engagement. Mais elles ne détruisent rien, et leurs effets durent. La cortisone masque. Le mouvement répare.
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Sources : Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B, The Lancet, 2010 · McAlindon TE et al., JAMA, 2017 · Zeng C et al., Osteoarthritis and Cartilage, 2019 · Revue des effets locaux et systémiques, AJR, 2023.